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Mémoire sensorielle




n.f. (angl : Sensory memory)

Processus semi-perceptif, semi-intégratif, par lequel l'organisme, via ses organes perceptifs, garde brièvement la trace d'un stimulus externe après que celui-ci ait cessé. Les mémoires sensorielles correspondent à l'état du système perceptif ayant capté une information, et modifié en conséquence, avant son retour à l'état de repos (ou avant l'arrivée d'une nouvelle information), pour lequel il pourra capter de nouvelles informations.

Un objet lumineux déplacé à vive allure dans la nuit laisse l'impression visuelle d'une trace : pour peu qu'il se déplace de façon circulaire assez vite, et l'on a l'impression d'un cercle continu. C'est ainsi que peut se comprendre le phénomène de mémoire sensorielle : la rétention d'information venant d'être perçue, durant un laps de temps très bref (de l'ordre de 50 ms à une seconde), rétention qui n'est pas due à des processus cognitifs, mais davantage aux variations physiologiques du système perceptif.

Pour illustrer cette notion de variations physiologiques, prenons l'exemple d'une brûlure : lorsque vous vous brûlez la peau de la main (par exemple) avec une source vive de chaleur, votre peau se réchauffe soudainement et emmagasine de la chaleur, votre système perceptif détecte cette brusque augmentation, et vous fait retirer la main. Bien que votre main ne soit plus en contact avec la source de chaleur, la peau, à l'endroit de la brûlure, ne se refroidit pas instantanément : votre corps garde une trace brève de la perception du stimulus, sous forme de chaleur transférée du stimulus à votre corps. 

Cette analogie nous éclaire sur la nature de la mémoire perceptive : lorsqu'un stimulus est perçu, il engendre des modifications physiologiques (par exemple, excitations des neurones ou capteurs, variations ou réactions chimiques) qui maintiennent le système perceptif en état d'excitation après que le stimulus ne soit plus perçu. On a alors l'impression que le stimulus est toujours présent, du fait que les modifications qu'il a entraîné sur notre corps, ne disparaissent pas de manière instantanée.

Chaque système perceptif (visuel, auditif, gustatif...) possède ainsi une brève "mémoire" de chaque variation perçue dans l'environnement. Dès lors que l'on porte notre attention vers la stimulation perçue, alors qu'elle n'est plus présente, c'est en fait vers les traces laissées en mémoire sensorielle (système perceptif et éventuellement cortex primaire) que va se porter cette attention, décodant les variations rémanentes pour en reconstruire mentalement l'origine.

Toutes les mémoires sensorielles possèdent des traits communs : 
  • Elles sont très brèves mais indépendantes les unes des autres : chaque modalité sensorielle présente une durée spécifique, qui peut d'ailleurs varier différemment selon des critères comme l'âge ou la santé.
  • Elles sont hors de contrôle volontaire : toutes les stimulations de l'environnement sont enregistrées, mais beaucoup de dépassent pas le seuil de la mémoire sensorielle.
  • Elles sont indépendantes de l'attention portée au stimulus : les traces se forment, que l'on soit attentif ou non. L'attention intervient éventuellement après que la trace se soit formée. On ne peut pas améliorer volontairement la mémoire sensorielle, sélectionner un type d'information ou privilégier l'enregistrement de dimensions perceptives particulières en mémoire sensorielle (mais on peut éventuellement les sélectionner après).
  • Les traces sont spécifiques de leurs modalités : l'information enregistrée par la mémoire visuelle ne peut être utilisée que par la mémoire visuelle, il n'y a pas de liens directs à ce niveau, entre les systèmes perceptifs.
Chaque trace représente un nombre de détails immense, les traces sont plus proches d'une "photographie" perceptive que d'une reconstruction mentale.
Les mémoires sensorielles les plus étudiées concerne les sens visuels, auditifs et haptiques, sous les noms, respectivement, de mémoire iconique, mémoire échoïque et mémoire haptique.

Dans le modèle de Atkinson-Shiffrin de la mémoire, la mémoire sensorielle correspond à la première étape de mémorisation, ayant un rôle de filtre de toutes les entrées perceptives avant le passage des plus importantes (vraisemblablement, les moins "habituelles") vers la mémoire à court terme .