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Malédiction du savoir




n.f. (angl : curse of knowledge)

Cog.  biais cognitif selon lequel des personnes expertes dans un domaine perdent certaines capacités (telles que la capacité à transmettre leur savoir, à se mettre à la place des non-initiés) avec l'augmentation de leur savoir dans ce domaine.

La malédiction du savoir (Curse of knowledge) doit son nom à Robin Hogarth (1986), elle désigne le phénomène selon lequel avec l'acquisition de nouvelles connaissances, on perd progressivement la possibilité de se replonger dans l'état (cognitif) précédant l'acquisition de ces connaissances. L'acquisition de connaissances s'accompagne de divers effets relativement inconscients (compréhension globale de phénomènes liés au domaine de connaissance, facilitation d'acquisition de nouvelles connaissances dans ce domaine, etc...) dont il est extrêmement difficile de se débarrasser pour se remettre mentalement dans une situation fictive, dans laquelle on ne posséderait pas ces connaissances. Comme tous les biais cognitifs, dans certaines circonstances, ces effets vont amener l'individu à distordre la réalité et émettre de mauvais jugements.

En résulte par exemple une baisse des capacités à comprendre les difficultés, pour des non initiés, à comprendre et acquérir des connaissances dans le domaine concerné, une baisse également des capacités à juger d'une situation en se mettant mentalement à la place d'un non initié... Le phénomène de malédiction du savoir présente sa plus fâcheuse conséquence dans le domaine de l'éducation[1], certains auteurs le considérant comme l'un des obstacles les plus francs à l'enseignement : selon ce phénomène, plus l'expertise de l'enseignant est élevée, moins grande est sa faculté à communiquer dans son domaine de compétence, et transmettre ses connaissances.

Ce paradoxe se fonde sur une origine similaire à celle du biais rétrospectif : on ne se rend pas compte, lorsque l'on devient expert, de l'ensemble des apports d'une simple connaissance que l'on acquiert. Non seulement cette connaissance est une nouvelle cognition propre, mais elle contribue également à remodeler l'ensemble de la cognition de l'individu, s'inscrit et s'intègre à cet ensemble, apporte une nouvelle compréhension de certains aspects du domaine, et facilite la compréhension de nouvelles acquisitions. Dans cette optique, le savoir et l'expertise liée à un domaine se voit comme un réseau de connaissances : lorsque le réseau est vierge ou peu développé, une nouvelle cognition bouleverse aisément l'ensemble du réseau, est plus difficile à maîtriser et à intégrer. Lorsque le réseau est déjà complexe, apprendre une nouvelle cognition représente une charge cognitive moins importante : son intégration et sa compréhension en sont donc facilitées.

Le phénomène, premièrement décrit par Loewenstein et al (1989)[2] a été notamment mis en évidence dès 1990 par Elizabeth Newton, dans une expérimentation[1] lors de laquelle des sujets devaient faire deviner des musiques à des confrères, seulement en tapant le rythme de ces musiques avec le doigt. Le biais se constate en vérifiant la différence d'estimation entre les personnes tapant le rythme (qui connaissent le titre et la mélodie de la musique) et celles qui écoutent : selon les personnes qui tapent le rythme, 50% des musiques pourraient être retenues. Or, dans la réalité, seul 2,5% des musiques sont reconnues. Selon l'auteure, cette différence entre l'estimation des "experts" (les personnes connaissant les musiques) et la réalité montre l'existence d'un biais provenant de l'expérience (les connaissances acquises) par les experts.

Pour en savoir plus :
  • [2] Colin, C., Loewenstein, G., Weber, M. (1989). "The curse of knowledge in economic settings: An experimental analysis". Journal of Political Economy 97: 1232–1254.