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Foule (psychologique)




 n.f. (angl. crowd)

Groupe important de personnes, caractérisé par la fusion des individualités psychologiques au sein d'une unité mentale, entraînant l'émergence de processus modifiant les réactions individuelles, tels que la déresponsabilisation ou la modification de la sensibilité émotionnelle. Il s'agit d'une entité sociale à part entière dont la formation engendre un nivellement des caractéristiques personnelles, et l'acquisition de nouvelles propriétés.

Si plusieurs auteurs comme Gabriel Tarde et Augustin Hamon se sont intéressés dès la fin du 19ème siècle aux caractéristiques de groupes ou d'institutions particulières, Gustave Le Bon est le premier qui tente de cerner le phénomène de foule, sa formation, les processus qu'elle met en oeuvre, ses conséquences tant au niveau de l'individu que de l'entité sociale ainsi créée. Dans son oeuvre "Psychologie des foules" (1895), il souligne la conformisation de diverses individualités vers une unité mentale lorsqu'un regroupement motivé par une même ambition se forme.
Au sens ordinaire, le mot foule représente une réunion d'individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.
Au point de vue psychologique, l'expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d'hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux de chaque individu qui la compose. La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules. - Gustave Le Bon. Psychologie des Foules, chapitre 1 (1895)
Le Bon définit dans un premier temps une foule comme un organisme social spontané qui va niveler les comportements sociaux : l'individu possédant sa personnalité propre, va reléguer celle-ci au second plan lorsqu'il intègre une foule, et adhérer aux idées et actions de cette foule comme si elles lui étaient propres. De plus la foule entraîne une sensation de toute puissance associée à une déresponsabilisation qui permet à l'individu en foule de laisser libre cours à ses pulsions.

Le Bon analyse au sein de la foule, d'autres caractéristiques, que sont la contagion mentale et la suggestion : la contagion mentale est une forme de conformisme ou d'imitation poussant l'individu à adopter des comportements cohérents avec ceux de sa foule, même si cela va contre son intérêt. La suggestion est une forme d'abolition de la volonté propre : l'individu se laisse entraîner malgré lui vers des buts qui le dépassent et adhère facilement à de nouvelles idées émises au sein de la foule qui l'accueille, sans qu'il n'aie besoin ni réellement possibilité de les confronter à sa réflexion.Opinions et croyances sont ainsi véhiculées et partagées sans réel discernement, ce que Le Bon évoque par ailleurs comme une constante sociale, avec l'aphorisme :
La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites.
Ce manque de discernement rend l'individu crédule lorsqu'il se trouve en foule, et explique que les images simples et fortes impressionnent  et vont orienter les comportements de l'individu, tandis que les discours raisonnés n'auront que peu d'effet. Le système de pensée se base alors davantage sur les émotions fondamentales (colère, joie, peur...) que sur la raison. Ce constat n'est pas forcément négatif : une foule peut s'orienter sur des comportements criminels à la suite d'une suggestion du leader ou de l'un des membres, mais peut également obéir à une émotion positive l'amenant jusqu'à l'héroïsme ou le sacrifice. Dans les deux cas, la foule provoque l'exacerbation d'un comportement que l'individu n'aurait probablement pas émis s'il s'était retrouvé seul.