Test

Facilitation sociale




n.f. (angl. social facilitation)

Social. Phénomène selon lequel la présence d'autrui (observée ou même seulement imaginée) lors de l'accomplissement d'une tâche simple ou routinière, augmente les performances dans la réalisation de cette tâche.

Le phénomène de facilitation sociale renvoie au fait que la simple présence d'autrui lors de l'accomplissement d'une tâche a une influence directe sur nos performances, intellectuelles autant que motrices. Ce phénomène a notamment été décrit par Triplett en 1897, lorsqu'il observe que des coureurs cyclistes en groupe ont de meilleures performances que des coureurs seuls. Triplett montra expérimentalement que les performances motrices d'un sujet pouvaient être améliorées si ce sujet était mis en présence d'un autre individu effectuant en même temps la même tâche : des enfants enroulant le plus vite possible des moulinets, ont de meilleures performances lorsqu'ils sont placés par paires dans la même pièce, plutôt que seuls.

Des études ultérieures peaufineront cette analyse et permettront de distinguer deux effets spécifiques dans la facilitation sociale : l'effet d'audience et l'effet de coaction :

L'effet de co-action renvoie au phénomène décrit au départ par Triplett, selon lequel la simple présence d'autres personnes effectuant la même tâche que le sujet a une incidence directe sur la performance de ce dernier. En 1904, Meumann montrera que plus globalement, la simple présence (réelle ou supposée) d'observateurs influe sur les performances de l'individu observé (effet d'audience).

Ces effets ne sont cependant pas toujours bénéfiques : si les performances se trouvent augmentées lors d'une tâche simple ou pour laquelle le sujet sait déjà réaliser la tâche, les performances sont au contraire diminuées si la tâche est complexe ou peu habituelle, possiblement à cause de la pression et du stress ressenti en présence d'autrui (inhibition sociale - détérioration sociale).

Effet d'audience

Bergum et Lehr (1963)[1] réalisent une expérimentation pour mettre en évidence cet effet, sur des recrues de l'armée américaine. Ils leur proposent une tâche, simple, mais longue et fastidieuse, et manipulent l'ambiance dans laquelle les recrues se trouvent : tandis qu'à certains, leur est dit que des supérieurs passeront surveiller leurs performances, à d'autres, rien n'est dit.

Les deux groupes de sujets voient leurs performances diminuer sensiblement avec le temps, ce qui correspond à une diminution normale de l'attention. Toutefois, ce phénomène naturel n'est pas reproduit à l'identique pour les deux groupes : les sujets du premier groupe (effet d'audience) ont un taux de bonnes réponses avoisinant 80% à la fin de l'expérience. Pour le deuxième groupe ce taux chute en deçà de 40%.

Effet de Co-action

L'effet de coaction renvoie quant à lui au phénomène selon lequel la présence d'un pair effectuant la même tâche augmente la performance à cette tâche. Floyd Henry Allport réalisa dès 1924 une expérimentation[2] sur les effets de coaction. L'auteur comparait la performance à une série de tests d'un ensemble de sujets dans des situations isolées ou en coaction (exemples de tâche : multiplication de nombres à deux chiffres, tâche d'association de mots en chaîne, tâche consistant à barrer toutes les voyelles contenues dans un texte, etc.).

Ce faisant, il plaçait les sujets, soit en situation simple, soit en situation de rivalité (co-action). Il mesurait les performances des sujets aux tests, pour en déduire tout simplement que la rivalité est un excellent moyen d'augmenter les performances des sujets.

Allport constate ainsi que les performances sont améliorées lorsque les sujets sont en situation de coprésence (coaction). Cet effet facilitateur dans ces situations de coaction est dû selon l'auteur à deux facteurs essentiels : 1/ La vue des mouvements effectués par autrui accroîtrait la production des mouvements du sujet (par imitation). 2/ La présence d'autrui serait source d'une rivalité, d'une compétition entre les deux sujets ce qui aurait une incidence directe et améliorerait les performances.

Quelles origines?

Cette hypothèse est remise en cause par une expérimentation réalisée en 1937 par Chen : des fourmis placées en situation de co-action développent les mêmes processus de facilitation, or, il est difficile de parler de sentiments de rivalité dans ce cas. Zajonc (1969) propose alors une théorie basée sur l'activation/motivation : lorque la réponse dominante (celle qui a la plus forte probabilité d'apparition) est correcte, on observe un effet de facilitation (audience ou co-action) qui augmente les performances. Si la réponse dominante est incorrecte, il y'a effet de déterioration sociale. Or une réponse dominante correcte s'acquiert par apprentissage (lorsque la tâche est complexe) ou naturellement (lorsque la tâche est simple), ce qui explique donc qu'une tâche routinière ou simple présente un effet facilitateur, tandis que des tâches complexes ou peu habituelles (ne donnant pas tout de suite lieu à la réponse attendue) présentent un effet de déterioration, en présence d'autrui.

D'autres théories tentent par la suite d'expliquer les effets d'audience et de co-action : selon Henchy et Glass (1968), les effets de déterioration proviendraient en majeure partie de la peur d'être évalué. Dans les années 1980, la théorie de l'activation laisse progressivement place à des théories attentionnelles : Barron propose l'hypothèse selon laquelle les éléments distracteurs de l'environnement formeraient l'effet de facilitation ou de déterioration, en augmentant l'activité du sujet (plus il y'a de distracteurs dans une tâche complexe, plus elle est difficilement réalisée - et la présence d'autrui est considéré comme distractrice). D'autres auteurs proposent que les effets différents sur des tâches simples et complexes proviennent de la charge cognitive induite par ces tâches : les éléments distracteurs ont un effet négatif lors de tâches complexes, mais peu ou pas d'effet lors de tâches simples. Une autre hypothèse, de feedback, avance l'idée selon laquelle lorsque le sujet est observé, il ne peut s'empêcher de se concentrer sur lui-même, améliorant ses performances si la tâche est simple et routinière. Par contre, lors de la tâche complexe, cette concentration le perturbe.

Références
Desbrosses S. (2007). "Dossier La Facilitation Sociale". www.psychoweb.fr (online)
[1] Bergum B.O. & Lehr D.J. (1963). "Effects of authoritarianism on vigilance performance". Journal of Applied Psychology. vol 47, p 75-77 (voir Bergum et Lehr, l'effet d'audience)
[2] Allport, F.H. (1924) Social Psychology. Boston: Houghton-Mifflin, 1924. (voir Allport, l'effet de coaction)