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Biais rétrospectif




n.m. (angl : Hindsight, knew-it-all-along effect, creeping determinism)

Biais cognitif désignant la tendance à rationaliser des événements imprévus après-coup, et les considérer comme plus prévisibles qu'ils ne l'étaient avant leur survenue.

Ce biais s'exprime à travers la phrase "Je le savais depuis le début!", réaction classique face à un événement relativement imprévisible, et effectivement imprévu. Le biais rétrospectif se décompose en deux tendances caractéristiques.
  • la tendance à considérer plus prévisible, probable, un événement une fois celui-ci survenu. Cette tendance est à mettre en lien avec l'heuristique de disponibilité : l’événement survenu est devenu une cognition saillante dès l'instant ou l'on constate sa réalisation, nous voyons donc plus facilement le lien entre des signes précurseurs et l’événement, plutôt qu'entre ces mêmes signes précurseurs et d'autres alternatives possibles.
  • la tendance à rationaliser l’événement, en lui voyant à posteriori de nombreux ou spécifiques signes précurseurs, passés inaperçus avant l’événement. Cette tendance est à mettre en lien avec le biais de confirmation d'hypothèse : une fois l’événement connu, nous avons tendance à considérer des signes précurseurs comme plus spécifiques qu'ils ne le sont en réalité (des preuves a posteriori, alors qu'elles n'étaient tout au plus que des indices laissant la voie à plusieurs alternatives, dont l’événement survenu par la suite). Nous avons également beaucoup de difficulté à nous replonger dans le contexte d'avant l’événement : les signes précurseurs qui nous sautent aux yeux sont plus facilement ceux qui confirment la prévisibilité de l’événement (biais de confirmation d'hypothèse).  
Le biais rétrospectif est connu depuis longtemps des économistes, des historiens, des médecins... mais n'a fait l'objet que récemment d'une description et d'expérimentations dédiées. A partir de 1975[1], Berush Fischoff et ses collègues réalisèrent une série d'expériences caractérisant ce biais, en demandant à des sujets d'estimer la probabilité d’événements ou de conséquences historiques. Ils en tirèrent notamment les conclusions[2] :
  • nous avons tendance à surestimer la probabilité d'un événement lorsque l'on sait qu'il est arrivé.
  • nous estimons toutes les alternatives de même valeur tout aussi probables lorsqu'on ne connait pas l'issue de l’événement.
  • nous estimons plus probable une des alternatives si on nous fait croire que celle-ci est l'issue survenue, même lorsqu'elle ne l'est pas en réalité.
Ce biais est l'origine de nombreuses erreurs de raisonnement et d'adhésion à des conclusions présentées comme vraies (alors qu'elles ne le sont pas forcément). Le biais rétrospectif entraîne également une mauvaise appréciation du contexte avant l’événement, pouvant mener à considérer négativement la compétence d'individus n'ayant pas su voir ou prévoir un événement (par exemple, un diagnostic médical, un fait historique).

Pour en savoir plus
  • [1] Fischoff, B., Beyth, R. (1975). "I knew it would happen. Remembered probabilities of once-future things". Organizational Behaviour and Human Performance. 13, 1-16