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Biais d'attribution causale




n.m. (angl. attributionnal bias)

Distorsion dans l'attribution d'un comportement ou d'un évènement à des causes, sous la forme d'une sélection de l'information entrant dans le système cognitif, ou sortant de celui-ci.

Soc. A la suite des travaux d'Heider sur l'équilibre cognitif et l'attribution causale, de nombreux chercheurs ont constaté l'inefficacité des modèles présupposant l'homme rationnel, dans les attributions causales. Tandis que certaines erreurs se produisaient selon un schéma apparemment aléatoire, d'autres apparaissaient de manière systématique. De telles distorsions, régulièrement observées, ont permis de mettre en évidence l'existence de biais, que l'on peut répartir en trois catégories : 
  • la surestimation d'une cause au dépens d'autres causes, de nature individuelle : on surestime par exemple volontiers une cause directement visible plutôt qu'une cause dont il faut plus de temps et de réflexion pour l'évaluer
  • la distorsion du jugement selon le groupe d'appartenance : stéréotypes et préjugés envers les groupes orientent systématiquement l'attribution causale.
  • l'asymétrie de la perception de soi, par rapport à celle d'autrui. Nos jugements sur nous même sont élaborés sur la base des circonstances mais également de nos dispositions internes, ce qui est plus difficile concernant autrui. 
Surestimation de cause

L'erreur fondamentale d'attribution ou biais fondamental d'attribution (Ross, 1977) a suscité de nombreuses parutions. Elle correspond à une tendance à privilégier la causalité interne au détriment des normes ou des facteurs situationnels, lorsque l'on tente d'attribuer un comportement. Cette tendance est par ailleurs plus marquée en cas d'hétéro-attribution qu'en cas d'auto-attribution, ce qui a amené plusieurs auteurs à suggérer que ce biais est un constituant fondamental de la formation de stéréotypes.

Le biais d'autocomplaisance (self-serving bias) consiste à attribuer plus de poids aux explications internes lors de succès, externes lors d'échecs. On considère généralement, au vu là encore de l'asymétrie auto vs hétéro-attribution, que ce biais correspond à un mécanisme de préservation de l'estime de soi.

Distorsion selon le groupe d'appartenance

Le biais endogroupe ou biais d'ethnocentrisme consiste à attribuer des actes socialement valorisés à des dispositions internes, chez notre groupe d'appartenance ou pour un groupe estimé. A l'inverse, ces mêmes actes seront plus facilement attribués aux circonstances dans le cas général d'un autre groupe que le sien propre, et encore davantage si ce groupe est mésestimé.

Ce biais affecte de manière opposée les actes socialement dévalorisés : nous aurions tendance à penser que "un tel acte, dévalorisant, est sûrement dû à une disposition interne dans d'autres groupes, mais aux circonstances dans le cas d'un membre de notre propre groupe".

Selon plusieurs auteurs (notamment Tajfel, 1972) ces biais auraient pour vocation de maintenir une identité de soi et de son groupe, positive. Pour d'autres auteurs, l'explication doit être recherchée dans les attentes : si l'on s'attend à ce que notre groupe se conduise selon les normes qu'il défend (et représentent alors nos propres normes), il est normal de voir un acte socialement positif comme le reflet d'une pensée de fond. Inversement, on s'attend à ce que les autres groupes ne suivent pas nos propres normes : un comportement déviant est alors considéré de même comme le reflet de dispositions internes.

Asymétrie de la perception de soi et d'autrui

A rapprocher de l'erreur fondamentale d'attribution, le biais acteur observateur se caractérise par le fait que celui qui émet le comportement utilise plus fréquemment des explications externes que celui qui observe le comportement. La principale interprétation vient du manque d'information de l'observateur, comparé à l'acteur qui lui, a en mémoire de nombreux comportements précédents et connaît leur variabilité en fonction de la situation.

Néanmoins et paradoxalement, le biais d'égocentrisme tend à nous faire privilégier des causes personnelles lors d'un travail en groupe : la participation de soi au travail collectif comporte de nombreux épisodes enregistrés en mémoire, tandis que nous ne disposons pas forcément de toutes les informations du travail d'autrui. Aussi avons-nous tendance à surestimer notre apport dans un travail collectif, au détriment de l'apport d'autrui.