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Autotopoagnosie




n.f. (angl. autotopoagnosia)

Trouble somatognosique caractérisé par des difficultés ou une incapacité à dénommer, reconnaître, pointer des parties de son propre corps, suite à une atteinte pariétale, préférentiellement gauche.

Comme son nom le suggère, l'auto-topo-agnosie désigne un trouble des représentations topologiques de son propre corps. Les patients semblent incapables de pointer correctement ou de désigner des parties de leur corps, quand la consigne est donnée verbalement, ou que l'on demande au sujet de nommer la partie du corps stimulée tactilement.

Historique

Décrite en premier lieu par le médecin Tchèque Arnold Pick[1] (1908 - 1915), à partir de l'observation de deux patients déments, incapables de désigner des parties de leur corps, l'autotopoagnosie a été rapportée par Hécaen et Ajuguierra[2] (1963) lors de lésions cérébrales plus circonscrites. De nombreux cas ont par la suite été décrits, notamment un cas particulier d'autopoagnosie pure.

Caractéristiques anatomo-cliniques

Les lésions entrainant l'autotopoagnosie peuvent être bilatérales ou unilatérales, mais concernent les deux hémicorps. La zone touchée est l'hémisphère majeur : 2 cas d'autotopoagnosie par lésion de l'hémisphère droit ont été rapportés, mais les deux patientes observées étaient gauchères. Tous les autres cas présentaient des lésions de l'hémisphère gauche, principalement au niveau du lobe pariétal inférieur (gyrus angulaire).

Certains auteurs suggèrent qu'il existe à ce niveau une "carte" conceptuelle du schéma corporel et de son orientation dans l'espace, en lien mais indépendante de la sémantique et de la forme langagière, ce qui explique qu'un autotopoagnosique puisse dénommer des parties de corps et comprendre ce à quoi ces noms correspondent (nommer bouche, sert à parler et à manger ; oreille, sert à écouter...). Le trouble somatognosique rendrait cependant difficile le pointage de ces parties du corps (tâtonnement pour toucher sa bouche ou son oreille, le mouvement et la contraction des muscles compensant modérément le trouble)[3].

Pourtant, d'autres fonctions peuvent être intactes : dans certains cas, le patient peut nommer des parties de corps d'autrui[4] ou les reconnaître, et seule la localisation de parties de son propre corps pose problème. La dénomination et la localisation d'objet courant situés sur le corps comme des vêtements ou des boucles d'oreilles peuvent également être préservées.

A l'examen, demander verbalement au patient de pointer notre main droite puis une partie de son corps (par exemple, l'oreille gauche), puis ensuite, lui demander de pointer une partie de son corps similaire à celle que l'on pointe nous-même sur notre propre corps (permet de passer outre le langage) suffit à exclure l'autotopoagnosie. Un dessin d'homme peut permettre d'évaluer l'état de la représentation corporelle mentale.

Co-morbidité

L'autotopoagnosie est généralement associée à une aphasie, des troubles de l'orientation (par exemple, sens droite-gauche) et du schéma corporel, des troubles globaux (par exemple, démence). Plusieurs héminégligents, ayant de par ce syndrome des troubles de la représentation du corps, sont également autotopoagnosiques. Souvent les patients ne s'en rendent pas compte (anosognosie).

Références 

[1]. Pick A., Über Störungen der Orientierung am eigenen Körper. Arbeiten aus der deutschen Psychiatrischen Universitäts klinik in Prag. Berlin: Karger; 1908.
[2]. Méconnaissance et hallucination corporelles - intégration et désintégration de la somatognosie. Hécaen H., Ajuriaguerra J., Masson, Paris, 1963.
[3] Neuropsychologie corporelle, visuelle et gestuelle: du trouble à la rééducation. Nicole Sève-Ferrieu (2005). Elsevier Masson. ISBN 2294021126, 9782294021121
[4] Guariglia C. et al (2002) Is autotopoagnosia real. Ec says yes. A case study. Neuropsychologia 40:1744-9.