Test

Affiliation (pathologique)




n.f. (angl. affiliation)

Tendance marquée à recourir à la présence ou au soutien d'autrui pour faire face aux conflits et situations de stress.

Clin. L'affiliation non pathologique est naturellement présente en chacun de nous. De tout temps, nous avons cherché le réconfort autour de nous suite à un événement angoissant, ou pour faire face à un conflit émotionnel. En tant que mécanisme de défense et du point de vue de la psychologie clinique, l'affiliation pathologique, parfois appelée affiliation-défense, se distingue par le caractère exclusif ou excessif de la recherche d'aide et de soutien, ou même seulement de la présence d'autrui.

L'affiliation pathologique se rencontre ainsi régulièrement chez les personnalités dépendantes, pour lesquelles l'accord d'autrui revêt une importance telle parfois, qu'aucune décision propre ne peut se passer de l'aval de l'autre.  Le mécanisme de défense permet également au phobique de lutter contre l'angoisse par la seule présence de l'autre, vécu comme objet contra-phobique.

L'affiliation pathologique se distingue du besoin excessif d'autrui, présent par exemple chez les personnalités hystériques, pour lesquelles le soutien, l'admiration ou simplement l'attention d'autrui sont nécessaires pour former un "public" témoin. Elle se distingue de relations-type dominantes-dominées, manipulatoires, affectives ou amoureuses, et plus généralement des marques de sociabilité, menées par le désir : l'affiliation est avant tout mue par le besoin et liée à un conflit.

L'affiliation (pas forcément pathologique) possède en soi des propriétés anxiolytiques, comme le démontre le psychologue social Stanley Schacter (1959) : en situation stressante, les hommes ont naturellement appris à se rassembler pour rechercher le soutien du groupe. Le sentiment de réconfort est par ailleurs d'autant plus fort que le groupe est cohérent et partage les mêmes problèmes. C'est sur la base de cette constatation que se forment les groupes de soutien, touchant différents domaines de stress particuliers : addiction (alcooliques anonymes, joueurs pathologiques...) , catastrophes (attentats, catastrophes naturelles...), maladies (cancer, diabète...). Les bénéfices du soutien de camarades connus, par leur seule présence, sont par ailleurs présents chez les animaux (Bruchon-Schweister & Dantzer, 1994) et participent à la sauvegarde de la santé (Berkman et Syme, 1979).

Psychan. L'affiliation est un mécanisme de défense de haut niveau, succinctement évoqué dans le DSM-IV. Comme l'indique Moscovici (1994), altruisme et affiliation sont intimement liés par le caractère de cimentation qu'ils confèrent au groupe. L'appartenance au groupe présuppose une part active de chaque membre concernant le soutien occasionnel ou régulier qu'il peut dévouer à d'autres membres. Aussi, l'affiliation est considérée comme une règle normale du fonctionnement groupal, et la recherche de l'aide d'autrui est alors une attitude classique et attendue, de même que l'est le don de ce soutien.

Ce mécanisme de défense est également un constructeur de la vie affective et sociale, sans lequel l'homme dépourvu de besoin d'affiliation se comporte comme un enfant abandonnique, délaissant les liens normaux et se réfugiant sous une "coque psychologie protectrice" qui l'amène à une solitude tant émotionnelle que sociale.

A l'inverse, le besoin excessif du soutien d'autrui a pour conséquence un sentiment d'anxiété lorsque personne ne peut ou ne veut subvenir au besoin d'affiliation. Il limite également le lien socio-affectif en instaurant une relation de dépendance, qui, lorsque consciente, est souvent mal vécue, de même qu'il limite la "capacité à être seul" (Winnicott, 1969), c'est-à-dire les possibilités d'autonomie et de construction identitaire. Ce besoin excessif traduirait la surprotection infantile ou le manque mal vécu de liens socio-affectifs lors des premiers stades de développement psycho-sexuels, dont résulteraient un manque d'estime de soi dans les stades ultérieurs. 

L'affiliation n'est pas considérée dans l'oeuvre de Freud comme une défense à part entière mais davantage comme une défense de groupe. La psychologie sociale, notamment, démontre cependant les intérêts de cette affiliation du point de vue personnel, ainsi que nous l'évoquions dans un paragraphe précédent.